J'avais gardé une vie entière dans mes tiroirs, un empilement de strates parfois extrêmement anciennes (certaines remontaient à une dizaine d'années). Un vrai travail d'archéologue.
J'ai [presque] tout jeté.
Pendant les soldes, j'ai dépensé des sommes folles pour remplir à nouveau mes armoires vides. J'ai acheté tout ce que je ne pouvais pas me permettre en temps normal, dans des boutiques où je n'ose habituellement pas mettre les pieds. J'ai acheté du rose à foison, des étoffes douces, des dentelles. Des vêtements de femme. J'ai également acheté une demi douzaine de nouvelles chaussures, pour fouler le sol avec plus d'assurance et de légereté.
J'ai fait peau neuve.
On emploie souvent la métaphore du papillon pour évoquer le passage des filles de l'enfance à l'âge adulte. On s'exclame: "Ah! elle a quitté sa chrysalide, elle s'est métamorphosée en un magnifique papillon!"
L'image est charmante. Les fleurs, les papillons, tout ça, c'est ravissant. Mais cela ne corespond pas exactement à la réalité. Il me semble que la métaphore du serpent, avec ses mues successives, serait plus adéquate, bien que moins romantique.
Je n'ai jamais eu l'impression d'être un papillon. Je n'ai pas l'impression d'être sortie, après la longue et difficile période de l'adolescence, chamarrée et gracieuse, toute femme, épanouie comme une fleur éclose. La métamorphose s'est opérée par accoups répétés, des périodes de latence alternant avec de brusques crises, comme celle que je vis cette année. On se cherche, on se trompe, on réfléchit, on recommence. Les mues sont partielles, chaque fois incomplètes. Parfois elles se font dans la douleur, parfois dans une euphorie délicieuse. On ne naît pas femme, on le devient, et la métamorphose est un long processus.
En ce moment, j'apprends à me maquiller. J'ai réservé aux placards de la salle de bain le même sort qu'aux armoires. J'ai jeté tous les produits périmés, puis j'ai refconstitué de nouveaux stocks. Je me suis mise à la french manucure et à l'eye-liner, alors que j'avais toujours trouvé ça vulgaire. Il y a encore peu, les maquillages sophistiqués et les manucures soignées représentaient pour moins une perte de temps. Je préférais laisser mon corps et mon visage à l'abandon (à 20 ans, on peut encore se le permettre), et m'adonner à d'autres activités, pas forcément plus constructives d'ailleurs. Aujourd'hui, je redécouvre avec délectation ce que c'est de faire la fille. Porter des vêtements élégants, choisir les chaussures qui iront avec, prendre le temps de se maquiller et de se vernir les ongles... quelques gestes simples aux effets presque magiques: le pas est plus léger, la démarche plus assurée, le regard plus franc, les gestes plus gracieux.
C'est comme si on était belle.
Devious Comments
Le tri dans les armoires voilà bien une chose qu'il faut que je fasse bientôt ! De même que le remplissage
Pour le reste hum eh bien ... ton évolution à l'air positive, c'est sans doute le plus important. Longtemps je me suis moi même comparé à un papillon mais il est vrai que l'image du serpent est plus réaliste, quoique ... quoique en fait je me dit que ma mue est perpétuelle.
Mais bon après tout, rien n'empêche d'imaginer un serpent dans une chrysalide !
Bienvenue dans ta nouvelle vie
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