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MYCENES

Sat Apr 8, 2006, 10:53 PM
Les dimanches matins commencent toujours un peu plus doucement que les autres… La fatigue accumulée tout au long de la semaine, les samedi éreintants, la conscience tranquille et la satisfaction du travail accompli. L’honneur est sauf. J’ai renoncé à compter les heures de travail ; c’est une vie tout entière. Je m’interdis de rester inactive. Je m’empêche de réfléchir, je m’empêche d’avoir peur. Je cours, je fuis la folie. Elle est là, derrière moi, je peux sentir son souffle humide et froid sur ma nuque. Sale bête ! Je n’ose pas m’arrêter, me reposer quelques instants, de peur qu’elle ne me rattrape et plante ses dents dans mon dos. Pour le moment, je parviens à la maintenir à distance, mais que se passera-t-il lorsque je serais trop fatiguée?...
La nuit, elle creuse ses galeries dans mon sommeil. Je fais des rêves étranges et dérangeants. Je me retrouve face à face avec des angoisses que je ne soupçonnais pas ou que j’avais oubliées. Quand on est vraiment sain d’esprit, nos rêves sont paisibles ?...
En ce moment, j’ai un peu ralenti. Des essaims de doutes m’assaillent à nouveau. Ce sont mes mouches à moi, Oreste. Tout cela est-il vraiment utile ? Est-ce que je n’en attends pas trop ? Ne suis-je pas en train de me bercer de douces illusions ? Oh oui, c’est parfois si doux les illusions… ces montagnes gonflables derrière lesquelles on peut aller se réfugier à tout moment… A présent, je discerne mal les frontières qui séparent l’illusion du réel. J’ai besoin de P. pour me guider dans le noir. Sans lui, je confonds les formes et les couleurs, je prends les masques pour des visages, et les personnes que je rencontre pour des amis. « Tes choix sont bons », m’a-t-il assuré. Mes choix sont bons. mes choix sont bons. mes choix sont bons. Pourvu qu’il ait raison, comme toujours. Si j’étais un roi mycénien, j’en ferai ma pythie attitrée. Ne te trompe pas, Pythie. J’ai plus confiance en toi qu’en moi-même. Mes choix sont bons. mes choix sont bons. mes choix sont bons… Voilà que ça me reprend : je crois encore à la magie.


Pas envie de bosser aujourd'hui. Je crois que je vais m'accorder une journée sabbatique, en profiter pour continuer The Virgin Suicides et dormir. Je n'arrive pas à me concentrer de toutes façons, ça ne sert à rien de rester devant mon ordinateur à m'abrutir et à me bousiller les yeux. Après tout, j'ai bien mérité un dimanche...

LE FANTOME DE FLAUBERT

Sun Apr 2, 2006, 11:17 PM
Ont recommencé pour moi les longues journées-soirées-nuit-journées d'écriture...Cela faisait 3 ans que je ne m'étais pas retrouvée devant mon ordinateur, mon dictionnaire des synonymes en lambeaux à portée de main, à écrire des jours, des semaines durant. Mais cette fois, il ne s'agit pas d'une nouvelle qui me semblera absurde et sans intérêt deux mois plus tard, ou d'un roman que je ne finirai jamais... J'écris plus prosaïquement pour valider mon Master de Lettres modernes.

Je me flauberise à nouveau. Je parle toute seule devant mon ordinateur, dans le "gueuloir" du salon. Chaque phrase demande tant de travail, tant de concentration, tant de précision que je m'effondre d'épuisement une fois le point posé. C'est une douleur et une frustration sans cesse renouvelées. Je suis régulièrement obligée de faire des pauses pour tenir la distance. Je jette un coup d'oeil à ma messagerie, je flâne sur un blog, je mange, je vais prendre une douche, etc. Rédiger un malheureux paragraphe me prend donc 3 heures; une page me prend une journée entière. Je dois en rendre 100, faites le calcul... Je n'aurai jamais fini d'ici juin.

Comment peut-on rêver de devenir écrivain? C'est vraiment du masochisme! Dehors, les jours rallongent. Le soleil brille, l'air est frais, et j'entends les oiseaux. Dehors, on respire, on prend la mesure de l'espace, on prend sa place dans le monde... Ici, on étouffe dans la pénombre et l'air vicié du manque d'inspiration.
Masochistes...

GRAMOPHONE

Thu Mar 30, 2006, 1:18 PM
Des nuages en osiers,un chateau à cheval
Enlacé sous les plumes d'un mouton
La rose d'un fraisier planté dans une armoire
Rien ne peut l'expliquer
Rien qu'une seconde en papier
Une giclée de verre
Dans un bouton de rose ou bien d'acier

Oubliette d'un chateau de sable
Meurtrière fenêtre de l'oublie
Tout est toujours pareil
Et cependant tout a changé

Tu étais nu dans le soleil
Tu étais nu, tu te baignais
Les galets roulent avec la mer
Et toujours toujours j'entendrai

La fille qui chante dans ma tête
Et me révèle
Que je t'aime,que je t'aime
La fille qui chante dans ma tête
Et me révèle
Que je t'aime,que je t'aime

Oubliette d'un chateau de sable
Meurtrière fenêtre de l'oublie
Tout est toujours pareil
Et cependant tout a changé

Tu nageais nu dans le soleil
Tu nageais nu,tu te baignais
Le regard tourné vers la mer
Et toujours toujours j'entendrai

La fille qui chante dans ma tête
Et me révèle
Que je t'aime,que je t'aime
La fille qui chante dans ma tête
Et me révèle
Que je t'aime,que je t'aime

Des nuages en osier
Un chateau à cheval
Enlacé sous les plumes d'un mouton
La rose d'un fraisier planté dans une armoire
Rien ne peut l'expliquer
Rien qu'une seconde en papier
Une giclée de verre
Dans un bouton de rose ou bien d'acier.


Dionysos, Poe-m





Parfois, certaines chansons vous reviennent en tête... Parce que l'on sait, depuis Proust, que la mémoire est synesthétique, qu'elle associe les parfums aux images, les images aux sons, les sons aux sensations tactiles, les sensations tactiles aux émotions, les émotions aux parfums, et caetera.

Par un jeu de connections intimes extrêmement complexes, l'état [nerveux /psychique / émotionnel] dans lequel je suis ce soir a enclenché mon gramophone mémoriel: je reconnais la musique, les paroles me reviennent, comme si je l'avais entendue hier, les sensations sont les mêmes...

Me voilà en Dordogne, il y a 4 ou 5 ans. C'est l'été. J'ai toujours un peu froid. Les paysages sont si beaux! tout est si calme! Je me sens plutôt bien, apaisée, mais une étrange mélancolie m'engourdit le coeur... c'est comme une humidité dont on n'arriverait pas à débarasser sa maison, une humidité qui imprégnerait les rideaux, les coussins, les vêtements, l'âme...

Voilà la connection.

Cette mélancolie douce, cette tristesse tranquille... On la ressent lorsque l'on sait qu'il va falloir partir, qu'il va falloir le quitter.
C'est bientôt fini. Oh! pas encore, pas tout de suite! mais... bientôt...

Une relation qui prend fin, c'est comme un été qui s'achève, comme des vacances qui se terminent. Les derniers jours ont ce goût, ce parfum, cette lumière si particulière. Les journées sont encore tièdes, la lumière décroît lentement, le monde baigne dans une fine poussière d'or, les odeurs sont riches, profondes et capiteuses comme une fin de siècle...

Cette année, mon printemps ressemble à un automne.

SUEUR, SANG ET LARMES

Mon Mar 20, 2006, 10:22 PM
Pleurer
pour évacuer la pression.
Hurler
pour évacuer la pression.
Vomir
pour évacuer la pression.
Jouir
pour évacuer la pression.

Que les muscles se relâchent et que le corps s'affaisse, comme une marionnette dont on a coupé les fils, dont on a sectionné les nerfs.
Interrompre l'influx nerveux avant qu'il ne déclenche une rafale d'explosions dans le cerveau. Intercepter les missives hormonales, laisser le QG sans nouvelles, empêcher ses émissaires de le rejoindre. L'isoler, l'aculer.
Instaurer un silence forcé. Instaurer la paix...

Cette fois ça y est, la paix est déclarée.
Pendant encore des mois, des années, je vais vivre entre deux feux, entre leurs tirs croisés.
Je vais produire des litres de sueur, des litres de sang et de larmes. Des litres de bile, de suc gastrique, de lymphe... Si Dieu le veut, si les organes fonctionnent encore.

Je suis le champ de bataille. Je suis les combattants. Je suis les soldats tombés au front; je suis les soldats qui rentreront chez eux, vivants. Je suis cette guerre. Je suis la paix qui en découlera.

Vivante, encore. Chaude et vivante.

Cessons de vivre comme si nous étions morts.

LES PAPILLONS

Wed Mar 15, 2006, 11:01 PM
J'ai vidé la penderie et les tiroirs. J'ai jeté tous mes vieux vêtements ; les démodés, les déformés, les tâchés, les déchirés, les élimés. Le chiffonnier et les armoires ont pu prendre une grande respiration, se remplir les poumons. On respire mieux quand on ne sent plus sur sa poitrine le poids du vieux linge, des habits qu'on a porté trop longtemps, des loques qu'on ne voulait pas jeter, des haillons de souvenirs... Cette peau d'enfant que l'on ne voulait pas quitter, ces vêtements minuscules dans lesquels seule une fillette peut entrer, tous ces habits trop étroits, si serrés à l'encolure qu'ils vous étranglent lentement.
J'avais gardé une vie entière dans mes tiroirs, un empilement de strates parfois extrêmement anciennes (certaines remontaient à une dizaine d'années). Un vrai travail d'archéologue.

J'ai [presque] tout jeté.

Pendant les soldes, j'ai dépensé des sommes folles pour remplir à nouveau mes armoires vides. J'ai acheté tout ce que je ne pouvais pas me permettre en temps normal, dans des boutiques où je n'ose habituellement pas mettre les pieds. J'ai acheté du rose à foison, des étoffes douces, des dentelles. Des vêtements de femme. J'ai également acheté une demi douzaine de nouvelles chaussures, pour fouler le sol avec plus d'assurance et de légereté.
J'ai fait peau neuve.

On emploie souvent la métaphore du papillon pour évoquer le passage des filles de l'enfance à l'âge adulte. On s'exclame: "Ah! elle a quitté sa chrysalide, elle s'est métamorphosée en un magnifique papillon!"
L'image est charmante. Les fleurs, les papillons, tout ça, c'est ravissant. Mais cela ne corespond pas exactement à la réalité. Il me semble que la métaphore du serpent, avec ses mues successives, serait plus adéquate, bien que moins romantique.
Je n'ai jamais eu l'impression d'être un papillon. Je n'ai pas l'impression d'être sortie, après la longue et difficile période de l'adolescence, chamarrée et gracieuse, toute femme, épanouie comme une fleur éclose. La métamorphose s'est opérée par accoups répétés, des périodes de latence alternant avec de brusques crises, comme celle que je vis cette année. On se cherche, on se trompe, on réfléchit, on recommence. Les mues sont partielles, chaque fois incomplètes. Parfois elles se font dans la douleur, parfois dans une euphorie délicieuse. On ne naît pas femme, on le devient, et la métamorphose est un long processus.

En ce moment, j'apprends à me maquiller. J'ai réservé aux placards de la salle de bain le même sort qu'aux armoires. J'ai jeté tous les produits périmés, puis j'ai refconstitué de nouveaux stocks. Je me suis mise à la french manucure et à l'eye-liner, alors que j'avais toujours trouvé ça vulgaire. Il y a encore peu, les maquillages sophistiqués et les manucures soignées représentaient pour moins une perte de temps. Je préférais laisser mon corps et mon visage à l'abandon (à 20 ans, on peut encore se le permettre), et m'adonner à d'autres activités, pas forcément plus constructives d'ailleurs. Aujourd'hui, je redécouvre avec délectation ce que c'est de faire la fille. Porter des vêtements élégants, choisir les chaussures qui iront avec, prendre le temps de se maquiller et de se vernir les ongles... quelques gestes simples aux effets presque magiques: le pas est plus léger, la démarche plus assurée, le regard plus franc, les gestes plus gracieux.
C'est comme si on était belle.

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